Voyage aquatique

Voici le récit de mon premier voyage sonore en milieu aquatique.

Depuis quelques jours, j’étais souffrante. Affection respiratoire importante. Je toussais énormément, la gorge et les poumons étaient irrités et me faisaient mal.

Je ne dormais plus assez.

Jétais à bout de force.

J’ai fait ce voyage dans l’intention de tenter quelque chose pour me soigner puisque rien ne fonctionnait. Je n’avais aucune certitude sur le résultat, et plus encore, je ne me posais même pas la question. J’ai vraiment fait ce voyage comme j’aurais pris un sirop pour la toux, comme un médicament de fortune pour tenter d’améliorer ma condition.

Le début fut compliqué car la toux redoublait d’intensité en position allongée. Mais avec la musique, et en focalisant mon attention sur une lumière verte émeraude qui entrait par mon crane, et emplissait lentement chaque parcelle de mon enveloppe charnelle, le besoin de tousser s’estompa jusqu’à disparaître. Je ne ressentais plus l’irritation. Le calme m’envahissait et mon esprit était occupé à d’autres ressentis. La musique et l’obscurité derrière les paupières closes apportèrent les phosphènes.

Je commençais à visualiser des arcs en mouvements rapides, puis plus lents, précisant des formes de plus en plus complexes et organisées. Puis un bec crochu d’aigle apparut en premier. Et enfin l’oiseau tout entier, en mouvements. Il apparaissait et disparaissait devant moi, en mouvements aléatoires. Je l’observai avec passion jusqu’à ce que l’envie de le suivre me prit. Alors il s’approcha de très près, fit volte face, et m’invita à l’imiter il me semble. Je le suivis par l’esprit, de plus en plus près, encore plus près, et la métamorphose s’opéra. Je devins cet aigle majestueux.

Une main tendue portant un globe de verre lumineux m’apparut, presque éblouissant, tellement curieux et attirant. Il était de plus en plus gros au fur et à mesure que je m’en approchais.

Et finalement, les filaments et les flux internes qui l’habitaient m’inspirèrent. J’eus envie d’y plonger. Aussitôt pensé, aussitôt opéré. Je plongeai à l’intérieur du globe. Une lumière intense m’accueillis et m’emporta dans un flux doux et puissant à la fois, irrésistiblement.

Je traversai jusqu’à me trouver haut dans le ciel, au dessus d’une sorte de lac entouré de forêt. Il faisait presque nuit. La surface de l’eau était calme mais étrangement vivante, comme si elle reflétait un monde qui n’apparaissait pas aux yeux nus. Mais je ne pourrais décrire ce monde que seuls mon corps ressentait et mon esprit reconnaissait, sans pouvoir le mettre en forme.

J’eus envie de plonger. Et en une piquée rapide et sans hésitation, je fendis l’eau à toute allure. Alors, le silence… Le silence à l’intérieur de moi. J’avais repris ma forme humaine, et j’étais sous la surface de cette eau sombre mais limpide, d’une étendue infinie vue de l’intérieur.

Calme,

silence, …

et bientôt je me laissais couler sans bouger,

profitant de l’instant de flottement pour ressentir les mouvements de l’eau sur ma peau.

Mais au fur et à mesure que je descendais en profondeur, je ressentais une pression croissante sur ma gorge et mes poumons. L’irritation revint d’autant plus forte. Je n’avais pas envie de tousser, mais une brulure interne s’intensifiait à mesure, et je commençais à m’inquiéter tant la douleur devenait présente. Plus je descendais, plus l’étau sur ma cage thoracique se refermait. Je me sentais comme écrasée, et brulante. Je me demandais combien de temps j’allais supporter la douleur.

La douleur devint si intense que je me suis dit qu’il fallait que j’arrête le voyage, que je me lève pour aller prendre quelque chose de calmant. Il fallait que ça s’arrête, La douleur croissait très rapidement, et je ne savais jusqu’ou elle allait monter, ni si j’avais la capacité de la supporter.

Mais, l’envie.

L’envie de rester sous l’eau,

de rester dans ce monde,

de continuer

et d’aller jusqu’au bout de mon expérience

fut plus forte. J

e ravalai ma peur et acceptai l’idée que j’allais vraiment souffrir. Tant pis, advienne que pourra, s’évanouir, pire peut être … aucun moyen de le savoir, je voulais juste profiter de ce calme profond qui apporte tant de douceur à l’esprit et de réconfort que j’en étais avide.

Une fois que ma décision fut prise, j’acceptai la douleur qui s’amplifia instantanément,

et j’abandonnai la lutte.

Je la laissai m’envahir comme une vague impétueuse qui ravage tout sur son passage. La douleur fût à son comble, presque insupportable. Et, dans cette fraction de seconde où je perdais presque la raison, ils apparurent.

Une créature aquatique si grande et si impressionnante dans ce lac que je n’y crus pas immédiatement, et cette ombre qui la suivait dans chacun de ses mouvements, … cette ombre sans forme distincte, si grande, et si impressionnante dans ses mouvements d’une fluidité déconcertante pour sa taille…

Une peur furtive me traversa et dévia le signal de la douleur, puis la créature plongea ses yeux brillants dans les miens. Tout se passa si vite que j’eus l’impression de perdre conscience une demi seconde. Quand je revins à moi, mon coeur battait fort et vite, la créature était juste en dessous de moi, et j’avais commencé à remonter à la surface. Je remontais sans résistance ni encouragement, sereinement. La douleur était partie, complètement partie. Je ressentais à ce moment là un de ces rares soulagement corporel, et mon esprit n’avait plus à lutter. J’étais en pleine délectation.

Une fois à la surface, je me laissais flotter en observant la lune trôner dans un ciel étoilé. Des algues longues et épaisses me recouvraient jusqu’au visage, entortillées autour de mes bras et de mes jambes. J’appréciais la douceur de leur surface végétale collée à ma peau, me chatouillant les flans par moment, mobilisées par les ondes de l’eau du lac.

Je recouvrai peu à peu mes esprits, et lorsque le rythme de la musique reprit de l’entrain, je m’activais pour revenir sur le bord du lac. Les algues glissèrent dans l’eau au fur et à mesure que j’en sortais.
Je me retrouvai en bordure de forêt, avec la conscience que mon voyage se terminait.

Dans un geste symbolique, je posai ma main sur le tronc rugueux d’un arbre magnifique, et me retournai pour prendre mon envol. Je retraversai l’immensité du ciel en montée rapide, traversai la lumière intense du globe, et revins dans mon corps, dans mon salon silencieux.

Comme si le temps s’était arrêté, je profitai encore quelques instants du calme et du silence. Enfin je repris quelques mouvements, de plus en plus amples, je m’étirai, et finis par ouvrir les yeux.

En me relevant, je sentis la douleur dans ma cage thoracique, et la fatigue musculaire de ses derniers jours. Je terminais cette journée lentement, en préservant les effets du voyage, et je m’endormis sans rêve, plongée dans un sommeil profond jusqu’au petit matin.

Vous le croirez ou non, mais au réveil, la douleur oppressante dans la poitrine, et la toux, avaient disparues,

définitivement.

Ne restaient que les courbatures,

derniers vestiges de cette infection apparemment vaincue par la force de mon esprit.

Ou peut être était ce l’intervention de cette créature mystique qui sait ?

Belle journée les amis.

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