
Le peuple qui perçoit l’Invisible
Saïphel — Royaume du Tigre — Élément Feu
À Per-Khepri vivent d’immenses scarabées aux carapaces sombres, striées de reflets verts métalliques.
Ils ne sont ni des animaux domestiques, ni des montures.
Ils forment un peuple à part entière, égal aux humains, avec lesquels ils partagent les terres de Per-Khepri.
Lorsque vient le soir, humains et scarabées voyagent ensemble vers les profondeurs du monde. Car les scarabées possèdent une faculté essentielle : ils perçoivent dans l’obscurité ce que les humains ne peuvent voir seuls.
Les Kheperer
Leur nom, Kheperer, trouve son origine dans l’ancien nom égyptien du scarabée et dans la racine kheper, associée au devenir et à la transformation.
Les Kheperer sont gigantesques. Leur corps ovale, relativement aplati, est recouvert d’une épaisse carapace vert sombre aux reflets métalliques.
De profondes stries longitudinales parcourent leurs élytres.
Sous celles-ci sont repliées de grandes ailes membraneuses, presque transparentes. Lorsqu’ils prennent leur envol, les élytres s’écartent et libèrent ces ailes immenses.
Seules leurs pattes antérieures sont puissantes et dentées. Elles leur permettent de creuser la terre et d’ouvrir des passages.
Car les Kheperer ne parcourent pas seulement le ciel.
Ils ouvrent aussi la Terre.
Ceux qui sentent venir la nuit
À l’extrémité de leurs antennes se trouvent plusieurs lamelles mobiles.
Le jour, elles demeurent généralement rapprochées.
Mais lorsque le Soleil approche de l’horizon, elles se déploient lentement en éventail.
Les Kheperer deviennent alors extraordinairement attentifs aux odeurs, aux vibrations et aux mouvements de l’air.
À Per-Khepri, on raconte qu’ils perçoivent même davantage.
Ils sentent la frontière entre le Visible et l’Invisible.
Lorsque leurs éventails s’ouvrent à la tombée de la nuit, les humains savent que le passage est proche.
Lorsque la Terre s’ouvre
Au coucher du Soleil, les Kheperer rejoignent certains lieux de Per-Khepri.
Ils creusent.
Leurs puissantes pattes antérieures frappent et déplacent la terre jusqu’à ce que celle-ci se fissure.
Puis le sol s’ouvre.
Sous Per-Khepri apparaissent alors les mondes invisibles de la nuit.
Les scarabées déploient leurs ailes et descendent dans les ouvertures avec les humains qui ont choisi d’entreprendre la traversée.
Commence alors le temps du combat intérieur, du choix et de la transformation.
Car les Kheperer connaissent la loi de Per-Khepri :
on ne traverse pas pour revenir identique.
Les compagnons du retour
Les Kheperer ne décident jamais pour les humains.
Ils accompagnent.
Ils perçoivent les passages, mais chacun doit affronter ce qu’il rencontre dans l’Invisible et prendre sa propre décision.
Puis vient l’aube.
Les scarabées remontent des profondeurs et reprennent leur envol au moment où le Soleil réapparaît.
Mais celui qui revient à la lumière porte désormais avec lui une décision.
Et cette décision devra devenir acte.
C’est pourquoi, depuis des temps immémoriaux, humains et Kheperer traversent ensemble Per-Khepri.
Les uns peuvent voir ce que les autres ne voient pas.
Les autres peuvent accomplir ce que les premiers ne peuvent décider à leur place.
Et ensemble, ils accompagnent chaque nouveau lever de Soleil.
Les Kheperer ouvrent le passage.
L’humain choisit de le traverser.
La lumière révèle ce qu’il en fera.