


Voici les croquis illustrant un voyage sonore très particulier que j’ai fait en bain sonore collectif. Je n’ai pas pris le temps de les mettre en couleurs jusque-là.
Il faisait nuit dehors à cette heure-ci. J’étais accompagnée d’une de mes filles seulement, et d’une amie.
Les musiciens entamaient déjà leurs habituelles rythmiques pour nous mettre en condition de relaxation et de lâcher-prise, alors que j’étais encore en train de m’ajuster sous mon plaid. J’écoutais ma petite installée à côté de moi pour m’assurer qu’elle était à l’aise. Elle avait un temps de latence avant de pouvoir se détendre assez long, elle gigotait tout le temps au démarrage. Puis en général, elle s’endormait dans le premier quart d’heure, ronflait sans vergogne, et se réveillait aux premiers gongs aux trois quarts du voyage sonore. Un rituel bien ficelé qui lui allait bien.
Ce jour-là, il ne faisait ni trop chaud, ni trop froid. Nous étions juste bien.
Très vite, un rêve éveillé m’emporta. Je visualisais la nuit, le vide intersidéral, les étoiles, puis des mouvements imperceptibles à l’œil, des présences dans l’obscurité qui n’allaient pas tarder à se montrer.
Une truffe qui disparut, puis une seconde, un bout d’oreille, des reniflements. Un, deux, trois mouvements distincts, me semblait-il. Trois présences, trois forces impressionnantes. Petit frisson dans le dos habituel, puis une grande émotion lorsqu’ils se présentaient à moi. Trois majestueux loups au poil d’hiver.
Il n’y a étrangement pas grand-chose à expliquer de cette rencontre. Si ce n’est que le temps paraissait suspendu, en attente de quelque chose qui arrivait à grands pas, de bien plus grand, de tellement plus fort. Un instant silencieux, à l’écoute du silence porteur de messages. Les loups restaient immobiles, me toisant, se regardant entre eux, calmes, à l’affût.
Je ne sais combien de temps s’est écoulé pour ce face-à-face, mais ça a duré, j’en suis sûre. Puis soudain, sans concertation visible pour moi, dans une synchronicité exceptionnelle, les loups soufflèrent et bondirent en avant. J’étais toujours face à eux. Comme dans un ralenti cinématographique, je les vis s’étirer et sauter par-dessus moi sans aucun effort. Waouh, impressionnant, grisant, et un peu inquiétant aussi. Je sentis immédiatement qu’il se passait quelque chose, nous l’avions attendu, nous y étions.
En un souffle brûlant, une flamme jaillit sous mes pieds. Une flamme rouge incandescente, puis des volutes orangées et jaunes m’embrasèrent. Je ressentis la chaleur m’envahir, sans brûlure, juste une chaleur puissante, incontrôlable. Elle remonta le long de mes jambes, mon ventre, mon buste… jusqu’à emplir ma tête de flux irradiants. Je brûlais intégralement. La danse des flammes réveillait les capteurs sensoriels de chacune des parties de mon corps. Une homogénéité dans cette sensation corporelle intense. Sensations incroyables où chaque partie de moi répondait à l’autre, et la chaleur intense enveloppait mon être tout entier.
J’avais le sentiment d’urgence, de quelque chose d’important qui se passait en dehors de moi, autour, tout autour.
C’est alors qu’un champ s’embrasa devant moi, dans l’obscurité de la nuit. Un champ à perte de vue. La lune s’éclaira en réponse, et les montagnes au loin apparurent. D’immenses flammes sortaient du sol comme alimentées par des souffles souterrains qui filtraient à travers les cicatrices de la terre aride au sol.
Des formes reconnaissables m’apparurent. Des fleurs, des fleurs immenses qui s’élevaient sur des tiges épaisses, et s’ouvraient en corolle à leur tête. Et dans ces corolles, semblait danser la vie. Plus qu’une vision, une impression. Puis seulement après, l’apparition de citadelles en leurs centres. De paysages embrasés. Et d’êtres faits d’essence de feu uniquement, aux formes mouvantes. Je ressentais leur présence. Bientôt, au sol entre les fleurs, se mirent à danser des êtres de feu. Parfois petits, parfois si grands et si impressionnants. Toute une vie dans les flammes, ces flammes qui m’apportaient un bien-être corporel intense, comme si toute tension, toute résistance à mon plaisir se consumait dans la chaleur d’un feu de joie.
Au milieu de tout cela, j’entendis ma fille, l’aînée restée à la maison, puis je la vis au milieu des flammes nager dans une eau si fraîche en contraste. Étrange vision venue de nulle part à contresens de ce paysage brûlant.
Elle disparut aussi vite qu’elle était apparue. Puis j’entendis ma cadette allongée à côté de moi se réveiller dans un raclement de gorge. Le premier gong venait de retentir.
Le bain sonore prit fin ce soir-là, avec l’étrange impression que je venais de vivre une expérience différente, particulièrement intéressante et riche de sens.
Ce monde m’apparut à peine rentrée à la maison.
Je vous le livre ici.
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