Mon refuge onirique

En faisant la liste des livres que j’avais lu depuis mon enfance, je me suis remémorée le livre du voyage de Bernard Werber. Comment ai-je pu l’oublier celui-ci ? LE livre qui m’a permis de faire mon premier voyage onirique. J’avais à peine 20 ans. C’est là que tout a commencé. Je me le rappelle maintenant. J’ai découvert grâce à cet auteur tout un monde intime, intérieur, que je ne soupçonnais pas. Je ne relis jamais deux fois le même livre, sauf un du même auteur d’ailleurs, L’encyclopédie du savoir relatif et absolu. Je le relis à différentes périodes de ma vie car certains articles ont une résonnance changeante parfois que j’aime découvrir. Mais une fois n’est pas coutume, Et parce que j’ai acheté le livre du voyage à ma fille , je me suis replongée dedans. Et quelle surprise ! Des souvenirs me sont revenus au fil des pages. Des souvenirs intenses qui ont laissé une empreinte indélébile dans mon esprit. Des moments joyeux et sereins que je n’oublierai pas.

Il y en a un en particulier qui a façonné des mois et des mois de ma vie onirique. Chaque nuit, je le revivais, un rituel pour me ressourcer. Et c’est dans cet endroit imaginaire que j’ai inventé une de mes plus belles nouvelles à l’époque, que je n’ai jamais publié par manque d’intérêt littéraire. Je ne l’ai même jamais terminée à dire vrai. Cet endroit est né d’une expérience proposée par Bernard Werber. Un lieu imaginé en rêve éveillé, façonné à mon image et avec mon intimité la plus sincère. L’auteur proposait de créer un refuge, privé, unique, dans lequel nulle autre personne ne pourrait jamais se retrouvée puisqu’il n’existerait que dans l’esprit du lecteur qui acceptait de ce prêter au jeu. Cette expérience a tellement bien fonctionnée pour moi, que je me suis habituée à y retourner presque chaque nuit en pré sommeil pour me détendre, et m’apporter une joie indescriptible d’être à cet endroit ou aucune nuisance ne pouvait m’atteindre.

Il ‘agissait d’une sorte de cahute immergée au coeur d’une forêt immense qui s’étendait à perte de vue. Une cabane perdue au milieu d’une végétation tropicale dense. J’y arrivais en plongée depuis le ciel, et je me retrouvais systématiquement dans la chambre à coucher. le lit faisait face à une armoire en bois massif, dont les moulures étaient façonnées à la main. Cette armoire couvrait le mur d’en face sur toute sa hauteur, et sur deux bons mètres de large. Les portes étaient ornées de sculptures richement décorées. Ce meuble faisait écho à mes souvenirs d’enfance, alors que dans la salle à manger de la maison familiale, ma mère rangeait sa vaisselle de service dans un meuble qui y ressemblait. L’odeur du bois et des tissus de revêtement à l’intérieur emplissaient mon nez en souvenir, et suffisaient à me sentir chez moi dans ce lieu irréel. Sur le côté droit, j’appréciais une baie vitrée de toute la surface du mur laissant apparaître la végétation derrière. Un mur en bois derrière la tête de lit et un mur en bois sur la gauche terminaient la chambre. Et une ouverture sur la gauche pour passer dans l’unique pièce de vie du lieu. Une pièce, c’est un bien grand mot d’ailleurs puisque qu’il n’y avait pas de mur. Un petit coin cuisine sur la droite, et juste derrière, une petite terrasse délimitant la végétation de l’habitation. Devant, un coin qui changeait selon mes besoins. Parfois j’y mettais une petite table et un banc pour y boire un café fumant en contemplant la forêt. D’autres fois un simple fauteuil en tek, quelques coussins, pour lire un livre dont je n’eus jamais le souvenir au réveil puisque seule l’action m’intéressait, prendre le temps de tourner des pages au calme. Et parfois j’y dessinais à même le sol. Mais le plus souvent, j’y installais un hamac et me contentais de contempler. D’écouter la nature, de renifler ses doux parfums, et d’entendre ses chants. Les oiseux, les bruissements dans les feuillages, les cris indescriptibles parfois très éloignés, parfois tous prêts. Toute une vie qui œuvrait autour de moi dans l’ignorance la plus totale de ma présence.

Un chemin terreux contournait le îlot, s’enfonçant dans la végétation sur quelques mètres à peine, et débouchant sur une crique. Un trou d’eau translucide au milieu de cette végétation équatoriale, contenu dans une roche calcaire érodée par les pluies. J’imagine que cela est impossible en forêt tropicale, mais un rêve peut créer des réalités bien mystérieuses. Cet endroit fait encore écho à un souvenir d’enfance, le trou de la lune en Ardèche, plus large, et au milieu d’une végétation bien différente. Mais l’idée était là.

J’ai passé beaucoup de temps à me tremper dans cette eau tempérée. Des heures il me semble (la notion de temps en rêve n’existe pas non plus). Des heures à flotter à la surface, les oreilles immergées, pour écouter les mouvements de l’eau. A ressentir les ondes sur mon corps. A imaginer la présence de petits habitants de cette baignoire naturelle, et à les entrevoir par la pensée, à ressentir leur présence. C’est ici que j’ai appris à voir avec mes autres sens. Ici que tout a débuté, cette formidable aventure de voyage. Voyager autrement, ressentir intensément, développer ses sens, et … créer.

Au fil des passages dans ce monde, j’ai fini par avoir des ressentis plus poussés, et des envies d’exploration inattendues. J’ai fini par être attirée par le fonds de la crique d’eau. J’y plongeais souvent, et j’allais de plus en plus loin sous la roche, dans un tunnel naturel invisible depuis la berge. Jusqu’à ce qu’un jour, enfin, j’atteignis le bout. Et tel un passage dans un autre univers, au bout du tunnel, un vaste monde aquatique s’offrit à moi. Je ne pourrais vous raconter tout ce que j’ai vu, ni tout ce que j’y ai vécu, à moins de me remettre sur ce récit d’antan. Mais cette immensité d’eau, étendue à l’infini, ses couleurs, ses odeurs (mouih étranges perceptions), ses sons, et … ses habitants, m’ont fascinés quelques nuits vous pouvez me croire. Des habitants que je reconnaissais du vivant sur Terre, mais d’autres aussi, des peuples intelligents et mystérieux. Une vie si calme et lente dans les abysses, et parfois si tumultueuse plus en surface.

L’eau, cet élément du mouvement, de la transformation et de l’intuition, a débloqué mon imagination et ma créativité.

Puis cette plage découverte plus tard, comme un second passage onirique pour rejoindre la terre ferme. Et tout un nouveau monde terrestre cette fois à découvrir ces morceaux nuits intenses et si précieux.

En vous racontant tout ceci, mes poils se hérissent et un frisson de bonheur parcourt mon échine. J’ai passé de grands moments oniriques, que j’ai adoré écrire au réveil. Ma vie à cette époque était bercée par ces doux moments d’intimité qui me permettaient de me retrouver, de créer, et dans cette état créatif, rien ne pouvait m’arrêter. J’étais vivante, je vibrais intensément. J’avais presque oublié tout ça, et pourtant, voici qui fait partie intégrante de ce que j’étais, et de ce qui influençait mes envies, mes idées, et reposait mon corps et mon esprit lorsqu’il avait besoin de se régénérer.

Pourquoi et quand tout cela s’est arrêté, je ne me souviens pas. Mais je suis heureuse d’avoir retrouvé le loisir de voyager de nouveau par la pensée. Et peut être que je retournerai dans ma cahute en pleine forêt, ou peut être que je créerai un nouveau refuge près de 25 ans après. Qui sait ? En tous cas, cette idée me met en joie.

Belle journuit les amis (selon votre horaire de lecture).

-> Découvrir Les nacres intérieures

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