Le plan de L’Ours

Le Plan de l’Ours : La Fondation

Question du plan : Suis-je en sécurité dans le monde ?

Mon voyage à travers le Royaume de l’Ours ne m’a pas seulement conduite à explorer un monde imaginaire. Il m’a invitée à redescendre dans les couches les plus profondes de mon être, là où reposent les premières mémoires, les premières peurs et les premiers élans de vie.

Dans les états modifiés de conscience qui ouvrent les portes de Jaoria, j’ai foulé les sols humides du Royaume de l’Ours. J’ai marché sous les voûtes végétales de la Silva Vitalis, observé les Ilorias multicolores flotter dans le ciel comme des éclats de souvenirs suspendus, rencontré les Auralithes et leur sagesse cristalline. Chaque paysage semblait résonner avec une partie oubliée de moi-même.

Au fil des explorations, quelque chose s’est lentement réveillé.

Les vibrations du sol sous mes pieds, le bruissement des feuillages, le souffle des créatures rencontrées m’ont ramenée vers des sensations anciennes. Bien plus anciennes que mes souvenirs conscients. Comme si la Terre elle-même me guidait vers l’origine de ma propre histoire.

J’ai remonté le fil de ma mémoire jusqu’à cette époque où je ne possédais ni mots ni certitudes. Jusqu’au temps du battement du cœur maternel, lorsque j’apprenais encore ce qu’était la sécurité. Jusqu’à cet état primordial où la vie se construit avant même d’être comprise.

Dans la Silva Magnorum, les Couthons m’ont accompagnée jusqu’aux territoires des Géants.

Face à eux, j’ai ressenti ma petitesse.

Une petitesse oubliée.

Dans le monde ordinaire, nous passons souvent notre temps à vouloir devenir plus grands, plus forts, plus importants. Nous portons nos responsabilités, nos inquiétudes et nos ambitions comme si nous devions soutenir le monde sur nos épaules.

Mais devant les Géants, cette illusion s’est dissoute.

J’ai compris que moi aussi, dans ma propre existence, j’étais parfois devenue un géant sans m’en apercevoir. Géante face à mes peurs. Géante face aux exigences que je m’imposais. Géante au point d’avoir oublié la simplicité d’être simplement vivante.

Les Géants du Royaume de l’Ours m’ont enseigné l’humilité tranquille de la Terre.

Ils m’ont rappelé que la nature n’a pas besoin de prouver sa force. La montagne ne démontre rien. L’arbre ne cherche pas à convaincre. Ils existent simplement, enracinés dans ce qu’ils sont.

À leur contact, j’ai redécouvert les liens invisibles qui unissent l’Homme au vivant. Les mêmes vibrations parcourent les racines, les pierres, les animaux et les êtres humains. Nous appartenons à une même respiration.

Peu à peu, la présence de l’Ours s’est révélée.

Non comme un animal extérieur, mais comme une sensation intérieure.

Une force calme.

Une stabilité profonde.

La certitude silencieuse que tout n’a pas besoin d’être contrôlé pour être solide.

Le Royaume de l’Ours ne m’a pas appris à vaincre mes peurs.

Il m’a appris à les reconnaître.

À les regarder sans détour.

À comprendre qu’elles sont souvent les gardiennes de blessures anciennes qui demandent simplement à être entendues.

Alors, à la question qui traverse tout ce premier plan de conscience :

« Suis-je en sécurité dans le monde ? »

Le Royaume de l’Ours ne m’a pas offert une réponse intellectuelle.

Il m’a offert une expérience.

Celle d’un corps qui retrouve ses sensations.

D’un cœur qui ralentit.

D’un être qui se souvient qu’avant de grandir, il a d’abord appris à être porté.

Et dans le silence des forêts profondes, sous le regard des Géants et la protection invisible de l’Ours, une réponse a commencé à émerger :

Je suis en sécurité lorsque je me souviens que j’appartiens au vivant.

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