
La Vallée du double souffle est une région rêvée par Alie.
Alie pratiquait l’équitation à cette époque. Les amis dont elle a rêvé étaient ses fidèles compagnons de l’époque avec qui elle avait noué de belles amitiés. Niama, Frippon, Calina sa ponette préférée. Pas étonnant qu’elle en ait rêvé souvent durant cette période. Le rêve est un mécanisme qui permet d’effacer les données reçues durant la journée jugées inutiles par les biais cognitifs, pour garder ce qui est important pour l’évolution personnelle. Le rêve est un travail de mémorisation. Il est absurde, mais permet de créer de nouvelles possibilités qui sauront aider le rêveur dans sa vie quotidienne. Donc Alie rêvait de ce qu’elle vivait en l’améliorant à sa sauce.
Mais avec du recul, je me rappelle d’erreurs que j’ai faite lorsqu’elle me racontait son rêve. Au fil du récit, je cherchais à y ajouter un peu de logique en la questionnant sur des détails qui me semblaient importants, mais qui la déstabilisaient. Dans ce rêve, Alie m’avait décrit simplement que sur cette planète, il n’y avait pas d’adultes. Pas de contraintes. Les enfants et les chevaux vivaient ensemble, les enfants se changeant en chevaux et vice et versa. Sous la forme de chevaux, on pouvait se transformer en licorne qui brille et qui vole. Que Niama était la plus vieille des ponettes de la planète, celle que tout le monde suit. Les enfants devenaient aussi des sirènes à leur convenance la nuit.
C’est en la questionnant, de manière passionnée et curieuse, que j’ai su que les maladies, l’alimentation, toutes les inquiétudes pour la survie que l’on peut avoir en tant qu’adulte ne l’avaient pas intéressé. Elle avait simplement dit, on mange et on se soigne avec les plantes de la nature. Nous revenions d’Alsace où nous avions appris une partie de l’histoire des « sorcières » à l’époque de l’inquisition. Alors je me rappelle lui avoir soufflé : comme les sorcières. Les enfants sont des sorcières non ? Elle avait tordu le nez car même si elle avait fait preuve de compassion pour les dites « sorcières » de l’histoire (qui étaient plutôt druidesses en réalité), elle gardait l’image des sorcières malfaisantes des contes pour enfants. Mais elle avait acceptée l’idée. Mon idée, celle d’un adulte. On avait initialement nommés les enfants de la vallée Les sorcières.
La première erreur que j’ai faite fut de penser que j’avais un rôle à jouer dans ce mécanisme. Le rêve en lui-même était tout ce dont elle avait besoin pour avancer. Je n’avais pas à intervenir dans l’imaginaire qu’elle avait créé. Sa création … Je n’étais pas dans ses baskets, je ne pouvais pas savoir ce qu’elle pouvait ressentir et ce dont elle avait besoin, et ce malgré notre relation très proche.
Nous n’avons jamais pris le temps de dessiner ses sirènes, nous en avions déjà dessiné pour d’autres lieux, Alie n’était pas inspirée. J’ai tenté de l’encourager mais il est inutile de forcer l’inspiration, l’imagination est libre de toute contrainte.
Et pour finir, vouloir mettre du sens à l’absurde est un besoin d’adulte, certainement pas celui d’un enfant. Et cela se comprend. La quête de sens vient avec le développement du lobe frontal cérébral. La matière grise qui le compose n’est pas recouvert de matière blanche avant l’âge de 25 ans en moyenne. C’est la matière blanche qui le rend opérationnel. Il nous permet d’acquérir la logique et de faire des connexions entre les connaissances et les émotions par exemple. Il nous permet de développer les bases de nos valeurs, et de les défendre. Tout ceci pour comprendre une situation et s’y adapter. La quête de sens est un mécanisme de protection que nous développons de l’adolescence à l’âge de 25 ans en moyenne. Voilà pourquoi un enfant n’a pas besoin que nous lui apportions de la logique pour accepter et apprécier une situation. Nous pouvons l’éduquer et prendre des moments pour lui transmettre la logique, mais nous ne devons pas oublier qu’il n’est pas capable de logique en autonomie, et que pour autant, cela ne rend pas ses pensées moins constructives, au contraire. L’enfant est en pleine croissance, et doit se développer à son rythme.
Je me souviens d’une émission sur un scientifique expert de la psychologie et de l’étude du cerveau, il travaillait sur les rêves. Et il disait : Quand les patients me racontent leur rêve de manière passionnée, je les trouve toujours absurdes et inintéressants. Ce qu’il mettait en avant est le mécanisme très personnel que chacun a de trouver des solutions à des problèmes de la vie courante, par des mises en situations oniriques. Les actes dans les rêves n’ont pas de réelles importance. Il s’agit plutôt de la finalité. Le bien être et/ou la compréhension que nous en retirons dans la vie courante, même sans en avoir conscience.
Donc, pour résumer ce sur quoi je souhaitais revenir ici, le premier descriptif de ce lieu était la création de l’imaginaire d’un enfant inspiré par un rêve, suppléé par la logique d’un adulte. Je l’ai remise à jour récemment pour plus de justesse. Ce qu’offre cette vallée est donc plutôt ceci, un voyage onirique dans un environnement ou la logique n’est pas nécessaire. L’aventure prime, l’expérience. C’est un bon exercice d’essayer d’évoluer dans un monde sans logique, de vivre des expériences en confiance, en faisant taire son mental et ce besoin impérieux de donner du sens à toute chose, en prenant simplement ce qui vient comme il vient, sans peur.
Il est très intéressant de travailler ce type de méditation onirique pour travailler le lâcher prise et l’imaginaire, avec pour seule contrainte : Pas de contrainte.
Belle journée les amis.