Voyage sonore avec l’énergie de la Terre


Je suis allongée dans le canapé.

Il fait froid.

Musique de relaxation dans les oreilles, je me détends.

Je visualise une lumière rouge qui entre par mon crâne et descend doucement jusqu’à mes orteils.

Mes muscles ne me font plus souffrir.

Tout va très vite aujourd’hui.

Je n’ai pas le temps de visualiser des phosphènes.

Le noir, le vide.

J’entends la musique, mais je ne l’écoute pas.

Elle est juste présente, comme un fond sonore.

J’entre dans le voyage.

Il fait nuit noire, mais je sens bien que je suis passée quelque part.

Une odeur d’humus arrive à mon nez.

Je sens la terre molle sous mes pieds et cette sensation d’humidité.

J’ai froid aux pieds, j’aurais dû me couvrir davantage.

En forêt… je suis en forêt.

L’idée n’est jamais rassurante de se retrouver en forêt la nuit. Mais j’y suis habituée. Et je suis en rêve éveillé, je maîtrise mon rêve, je n’ai rien à craindre.

Je me détends.

Je décide d’avancer, un pas après l’autre,

Le sol est irrégulier et mou.

Je suis pieds nus, je sens chacune des aspérités, des racines sur lesquelles je marche, des branches mortes, des mousses et des feuilles qui jonchent le sol.

Je ne les vois pas, je les sens au toucher, simplement.

D’ailleurs, je ne vois pas grand-chose.

Il fait très sombre dans cette forêt.

Les silhouettes de troncs d’arbres se dessinent devant un halo très léger, lumineux.

Des troncs épais.

Je suis dans une vieille forêt, je n’ai aucun doute là-dessus.

Je sens l’odeur du bois et de l’écorce, cette même odeur que je retrouve dans mes vins rouges préférés.

L’odeur et le goût du sol de la forêt me viennent dans le nez et en bouche.

J’aime ces odeurs.

Un frisson parcourt ma colonne, de bas en haut.

Il y a un silence profond dans cette forêt.

Un calme absolu que j’apprécie.

J’entends presque battre mon cœur.

Et d’ailleurs, ce n’est plus une illusion.

Je finis par l’entendre battre réellement.

Je le sens pulser sous ma peau.

Je le sens à la fois à l’intérieur de moi,

intérieure

à l’extérieur.

Tous mes sens l’intègrent, ce battement.

mes sens,

réguliers de cœur.

qui commence à s’accélérer parce que j’ai trop d’attention à lui porter à ce moment-là.

Respire.

Détends-toi.

Vois ce qu’il va se passer.

Sans m’en rendre compte, je continue à m’avancer dans la forêt et je m’appuie sur les troncs d’arbres pour ne pas chuter.

Ces troncs d’arbres épais, rugueux, dont l’écorce

est proéminente.

Soudain, je sens un battement sous ma main, sous mes doigts, qui pulse dans ce tronc d’arbre

Un battement sourd et de plus en plus fort, régulier.

Ce battement

de cœur.

Le cœur de la forêt, il me semble.

Je n’en sais rien, cette idée me traverse la tête.

Très étrange sensation de sentir un cœur battre dans un arbre.

de sentir un…

J’écoute ce rythme de cœur battre et instinctivement, naturellement, mon propre rythme s’ajuste, se cale, s’harmonise avec ce battement.

Les deux cœurs battent à l’unisson.

Je dis et j’entends les deux cœurs, mais j’en perçois tellement plus.

Maintenant, ce battement unique me semble être un battement universel dans cet environnement.

comme s’il suffisait de prendre conscience de la présence d’un être pour que nos rythmes s’harmonisent, s’unifient et nous permettent d’entrer en connexion l’un et l’autre.

Une connexion qui peut s’étendre à l’infini dans cet environnement.

la connexion à un tout dont j’ai la sensation de faire partie.

Je me rends compte à cet instant que dans chaque être vivant pulse un rythme de vie, un cœur qui bat et qui peut s’unir aux autres.

Est-ce une leçon à ramener dans mon quotidien ?

J’imagine que oui.

Maintenant, je sens sous mes pieds un sol plus dur, plus dense.

Et soudain, je sens des racines sortir de ma plante de pied.

Mes orteils s’allonger et s’agripper au sol, puis s’enfoncer dans cette terre humide.

Les racines s’enfoncent rapidement et profondément dans le sol.

Waouh !

Je me sens stable sur mes deux pieds.

Pour la première fois, je me sens vraiment solide.

Mes chevilles se renforcent et mes mollets durcissent.

Vais-je pouvoir continuer à avancer ?

Je suis figée dans le sol.

Non, non, tu n’es pas figée.

Tu peux avancer.

Il suffit de le vouloir.

Alors je tente de soulever un pied.

Et dans un craquement léger et subtil, les racines se décrochent et mon pied se soulève du sol.

Je fais un pas.

Mon pied reposé au sol s’enracine de nouveau.

Le second se décroche.

Et j’avance.

Je le repose au sol.

Un pas devant l’autre.

Je m’enracine, je décroche, je m’enracine, je décroche.

Et soudain, je marche.

Je marche de plus en plus vite.

J’ai envie de courir.

Je cours.

Je ne vois pas très bien, mais je déambule facilement à travers les troncs, car je les ressens.

Je les entends, j’entends leur cœur battre.

Je cours et mon cœur s’accélère.

Le cœur de la forêt entière s’accélère, ma respiration.

Tout s’harmonise.

Je vis, je suis en vie, je ressens intensément, je cours à perdre haleine et je m’arrête brusquement.

Je fais face à un tronc très large, immense, ancien.

Je le ressens, je l’entends, il me parle.

Il me dit de ne pas courir, de prendre le temps, d’avancer, de respirer, de ne jamais perdre pied.

de rester ancré coûte que coûte.

Il y a un lien très fort entre lui et moi à ce moment-là.

J’ai presque l’impression qu’il bouge, qu’il respire lui aussi.

Puis je ressens l’invitation à poser mes mains sur son tronc, ce que je fis.

Et soudain, je me sentis parachutée dans le vide.

Retour à la case départ, je reviens dans mon corps.

Je ressens de nouveau mes doigts, mes orteils, mes jambes et mon ventre.

Je bouge lentement, doucement pour revenir à moi en douceur.

Ce voyage est une expérience extraordinaire.

Sentir le cœur de la vie battre, en chaque chose, battre en moi, me rappeler que je suis en vie, me rappeler ce qui me maintient en vie.

et ressentir, être attentive au rythme de la vie qui coule dans nos veines, dans chaque être vivant, sur terre et en rêve.

Je dédie ce voyage à mes filles et à ces longs moments que j’ai passés à écouter leur cœur battre lorsqu’elles étaient dans mon vent.

Dans les profondeurs de Silva Vitalis vivent les Görkis,
anciens gardiens de la vie.

Ils ne sont pas des arbres comme les autres.
Ils sont des troncs vivants, épais, crevassés, marqués par le temps.
Leur écorce raconte une mémoire que nul langage ne peut traduire.

Ils n’ont presque pas de feuilles.
Leur énergie ne s’élève pas vers le ciel…
elle circule dans la profondeur.

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-> Les Gorkis

-> Feyüs

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