J’apprends à apprivoiser la peur, récit de voyage

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Envie de voyager, envie d’aventure et de découverte, envie calme profond et de silence pour mieux entendre.

Mini voyage chamanique dans les oreilles, un coussin derrière le cou et un plaid épais dans lequel je m’emmitoufle jusqu’au menton. Le voyage commence par mon rituel de détente, lumière verte qui entre par le haut de mon crâne, et m’emplit progressivement, lentement mais surement. Aucun doute qu’elle me parcourra jusqu’aux orteils. Je lutte, je gagne. Douleurs disparues, tension nerveuse disparue, je peux partir. Phosphènes derrière les paupières et je me retrouve dans l’immensité de l’espace, traversé par des comètes à la longue chevelure qui éclairent l’obscurité, et fusent en sifflant dans ce silence absolu. Magique.

Voyage rapide, tout va vite. L’indien (ne) apparaît, un collier de coquilles sur le front, flanqué de petites plumes droites au centre. Des cheveux longs, épais et sombres, aux tresses ornées de rubans colorés. Des coquilles en bout de rubans. Une tunique en peau tannée, claire, à lanières tombantes au niveau du torse. Je ne vois pas les traits de son visage. Un bandana cache ses yeux. Il tend la main, je crois d’abord qu’il m’invite, mais rapidement, une spirale lumineuse apparaît au dessus de sa paume tournée vers le haut. Elle s’enroule sur elle-même, laissant des halos lumineux au passage, puis de plus en plus vite. Et bientôt, une sorte de vortex se crée.

Un loup hurle, il est devant moi. Puis un bison sort du vortex, sans prendre forme entièrement, il s’évapore avant que ses pattes arrières ne se dessinent. Le loup hurle de nouveau, et s’évapore. Mon attention se porte sur le vortex. Je me sens attirée, je m’approche irrésistiblement, je me sens maintenant comme aspirée. Légèreté soudaine. Grand soulagement. Comme une fumée qui s’engouffre dans l’entrebâillement d’une fenêtre légèrement ouverte, je plonge dans le vortex.

Obscurité. Je suis debout au milieu d’une forêt épaisse. Humus sous les pieds ou sol marécageux. Je suis appuyée sur un arbre gigantesque. Silence intense. Le rythme du tambour s’accélère, mais je suis ailleurs. Je sens, je le perçois instinctivement, quelque chose est là près de moi, autour de moi, presque à l’intérieur de moi tant je le ressens intensément.

En une volute lumineuse, il apparaît à quelques mètres. Il n’est pas physiquement là; je ne vois que sa tête s’évaporer rapidement, son corps déplacé de quelques mètres, une patte sur un tronc, parfois un oeil dans l’obscurité … Il est là, devant moi, derrière, tout autour de moi. Un ours, immense. Majestueux. Impressionnant.

J’ai peur je crois, je ne suis pas à l’aise ; il est immense, tellement plus que moi. Je ne me sens pas de taille pour l’observer sereinement. Il est beau mais, je veux fuir. Devant moi, un halo de lumière éclaire le fond de la forêt. Je veux rejoindre le jour, quitter les ténèbres. Pourtant, je ne peux m’éloigner de ce tronc qui me rassure, que je garde précieusement sous ma main, comme un enfant tient la main de sa mère. Mon rythme cardiaque s’accélère. L’ours se rapproche en écho à mon malaise. S’éloigne lorsque l’air entrant dans mes poumons calme mes tremblements. Et soudain, je me souviens. Je me souviens du rêve. Ce rêve qui m’a appris à transformer ma peu, et à la faire disparaître définitivement. Cette peur issue de projections inutiles dans le futur, à imaginer ce qui n’existe pas encore. Ces peurs issues de symboles imposés par ma vie en société, ce que j’ai appris des autres et avec les autres.

Un ours, dangereux ?

Cesse de penser, fais le vide, entends ton silence intérieur.

Retrouvez le récit « Le rêve » dans lectures proposées.

Je réouvre les yeux. Je le cherche. Mais où est-il ?

Il apparaît, immense, dressé sur ses deux pattes arrières, la gueule béante, les poils hérissés … Mais mon regard a changé, je sens des larmes couler. Il est finalement juste magnifique. Je suis subjuguée, envoutée par sa magnificence. Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, je le trouve juste extraordinaire. Profond respect. Je m’éloigne soudain de l’arbre pour le rejoindre.

Déconnexion imprévue, j’ai lâché l’arbre. L’ours grogne dans un dernier échange, et je me retrouve vidée de toute sensation. Obscurité, black out, OFFitude.

Et dans un souffle léger, je reviens. Je suis comme une page vierge à remplir. Je me sens bien, si bien. Je me dirige vers la lisière de la forêt. Lumière aveuglante, je m’envole comme un ballon gonflé à l’hélium. Je me trouve à plusieurs mètres au dessus de la forêt. Je flotte, sans aile, ni plumes. Juste moi dans un ciel nocturne étoilé. Je sens l’odeur du vent et j’entends ses sifflements discrets, je perçois la multitude de scintillements des planètes et des étoiles qui m’entourent, je sens la fraîcheur de la forêt et de la montagne en dessous, je ressens tout, intensément. Nouvelles sensations indescriptibles, mon corps n’est plus, mon esprit est léger, je suis lumineuse. Je vibre. J’aime ce que je suis à cet instant, j’aime intensément.

Comment suis-je revenue à moi, et combien de temps cela a pris ? Je ne m’en souviens pas. Mais une chose est sûre : quelque chose à changer ce jour là. Comme une porte dans mon esprit qui se serait ouverte, et ne s’est plus jamais fermée.

Je n’ai pas réussi à dessiner l’Ours, malgré de multiples cogitations techniques. Je ne le pouvais tout simplement pas.

Belle journée les amis, et à très vite sur les pages de Jaoria.

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