Retour au calme, récit de voyage

Version audio :

Cette illustration est le récit de mon tout premier voyage sonore.

J’avais déjà vécu ce genre de voyage imaginaire dans un état modifié de conscience, un seul voyage lorsque j’avais une vingtaine d’années. Je lisais beaucoup Bernard Werber et j’avais déniché Le livre du voyage dans une brocante. Ce livre m’avait surpris, il n’avait rien à voir avec les autres romans de fiction qu’il écrivait. Il s’agissait d’une initiation au voyage astral, en s’imaginant dans la peau d’un oiseau. J’avais joué le jeu avec une grande curiosité et beaucoup d’amusement, et j’avais volé au-dessus des nuages.

Je n’avais jamais refait ce genre d’expérience jusqu’à ce jour là, soit presque 20 ans après.

J’étais rentrée d’une journée mentalement épuisante, fatiguée et lasse de tout. Je ne souhaitais qu’une chose, me mettre sur OFF. Juste envie de me délasser dans le canapé, avec un son entraînant et vibrant à écouter, et de fermer les yeux quelques instants. J’ai trouvé ce son sur Youtube, un Mini Voyage Chamanique d’une quinzaine de minutes.

Voici la couverture de l’album :

Cette image a clairement influencé ce qui allait se jouer ensuite.

Une fois bien installée, le casque sur les oreilles, un oreiller calé derrière le cou, la porte fermée à clefs et le téléphone éteint, j’ai pu fermer les yeux, enfin. J’ai d’abord imaginé une lumière verte envahir la pièce, puis entrer à l’intérieur de moi par le haut de mon crâne. J’avais découvert cette technique lors d’un essai de méditation. Je l’utilisais souvent pour supprimer mes douleurs corporelles. Imaginer que mon crâne s’ouvre et que la lumière y entre. La sentir et la visualiser se propageant sous ma peau, emplissant ma tête puis ma gorge, mon cou, mes épaules, … l’ensemble de mon corps jusqu’au bout des orteils. Voila qui demande de la concentration et de l’entrainement. Chaque douleur arrête fait barrage à la lumière, alors il faut insister, et lorsqu’enfin la lumière passe le point sensible, la douleur est dissoute instantanément.

En quelques secondes à peine … le temps accélère prodigieusement dans l’invisible … j’étais complètement détendue et en pleine possession de mon corps.

Des flaches électriques apparurent derrière mes paupières. Des phosphènes.

Processus physiologique

Le processus physiologique sous-jacent à l’apparition des phosphènes repose principalement sur l’excitation électrique des cellules rétiniennes. Dès lors que des impulsions électriques sont appliquées à la rétine ou transmises via d’autres voies sensorielles, comme le toucher ou le son, cela peut induire des perceptions lumineuses.

Curieuses apparitions que je me suis mise à observer. Des arcs puis de magnifiques volutes, des vapeurs lumineuses, des tourbillons, et bientôt la tête d’un cerf apparût, lumineuse dans l’obscurité. Une lumière bleue, comme sur la couverture de l’album.

Le cerf était immobile. J’étais impressionnée et conquise. Il s’approcha sans mouvement, doucement. Puis il s’immobilisa au plus proche de moi. J’avais presque l’impression de l’entendre respirer dans le silence. Puis il se retourna, et commença à s’éloigner.

Je ne voulais pas le laisser partir, rompre le lien. Alors je le suivis. Il s’éloignait de plus en plus vite en direction d’un tunnel sombre au bout duquel la lumière du jour pointait. J’accélérai pour le rattraper, de plus en plus vite moi aussi, et … je ne sais par quel moyen… arrivée sur lui à vive allure, j’entrai en lui. Je devins ce cerf en pleine course. Je sentis tous ses muscles puissants se tendre pour avancer, son dos large et son cou solide supportant le poids de la tête et des bois. Je sentais le souffle chaud de sa respiration rapide s’échapper des naseaux humides. Je sentais ses sabots cogner l’invisible, et la chaleur musculaire à l’effort m’envahissait. Mon équilibre était mis à mal, position quatre pates, et pourtant naturelle avec des mouvements fluides sans résistance de mon mental. J’étais ce cerf.

La lumière du jour s’approchait de plus en plus offrant une vue imprenable au dessus de montagnes rocailleuses et d’une forêt épaisse à leurs pieds. Et bientôt, le bout du tunnel arriva, et alors que je crus tomber dans le vide, incapable de stopper cette course folle, mes sabots foulèrent l’air aussi bien que sur un sol dur. Je ne rêvais pas, j’étais bien en train de courir dans les airs, accompagnée de deux autres cerfs. Entre vue vertigineuse sur la nature sauvage et puissance musculaire incroyable, tous mes sens s’affolèrent, décuplant mes sensations. Comme droguée, j’étais ivre de vertige et de bonheur intense.

Un aigle immense arriva dans un cri strident. Le son parcouru chacun de mes nerfs, initiant un frisson le long de ma colonne, bien plus longue et épaisse qu’une colonne humaine, frisson d’autant plus jouissif. L’aigle s’approcha à vive allure et me frôla. Waw, mon cœur battait encore plus fort. Il entama un cercle en s’éloignant, et me revint dessus en criant.

Puis il me heurta. Instinctivement, je fis un bon de côté trop tardif. Il refit un cercle, et revint à vive allure. Il était magnifique, puissant, sauvage. Un peu effrayant, mais passionnant. J’eus envie de repousser mes limites, encore. L’idée, l’envie folle d’être lui me traversa l’esprit. Lorsqu’il me heurta une seconde fois, j’entrai en lui sans réfléchir.

Le vent dans les plumes, la vue perçante tout à coup, les ailes en mouvements, des mouvements puissants et minutieux, jouant avec l’air pour trouver l’équilibre. Des torsions légères pour orienter mon vol, et la sensation de n’être qu’une plume au dessus d’une immensité à des dizaines de mètres plus bas. Cette sensation de liberté et l’adrénaline qui faisait pulser mon sang. J’étais en pleine aventure perceptuelle inédite.

Puis j’entrepris une descente rapide, grisante, enivrante, moi qui n’ai jamais pu me jeter dans le vide à plus de 7m de haut au dessus de la mer. Sensation de chute, léger haut le cœur, différent, moins désagréable que ceux dans la 3D, dans notre monde. Le sol se rapprochait furieusement et mes sens étaient exacerbés.

A quelques mètres au dessus d’une cascade, le bruit de l’eau qui claque, l’air dans les plumes, l’allure folle et la sensation de chute, m’inspirèrent une folie. Pour finir ma course, je repliai les ailes contre mon corps, et gagnai en vitesse. Trois, deux, un. Je fendis la surface de l’eau comme une torpille, et … bruit sourd d’immersion, légère musique de l’eau et des bulles qui remontaient, immobilité, mon cœur bat à tout rompre, mais mon esprit se calme.

L’aigle disparut, je n’avais plus de corps, juste les sensations de l’eau fraîche et des énergies retenues. L’élément Eau est plus dense, plus lent, plus enveloppant comme un câlin dans l’obscurité. Une carpe énorme passa. Et une seconde. Je ne pus y résister.

Le corps d’une carpe est froid, souple, et complètement adapté à ce milieu, fendant l’eau sans résistance, avec le frottement d’une douceur infinie de l’eau sur les écailles. Instant inoubliable. Je remontai le courant jusqu’au bord de rivière. Et j’en sortis en me dandinant, avec de toutes petites pates qui avaient poussées sur mes flancs. La chaleur du sol, la rudesse des minéraux compactés, l’odeur de terre humide …

Mon corps s’allongea, encore et encore, et mes pattes disparurent petit à petit, au fur et à mesure que mon corps commençait à ramper en ondulations ordonnées. Ce n’était pas l’ondulation en elle même qui me faisait avancer, mais plutôt chaque position me permettait d’appuyer les parties repliées de mon corps au sol, et en s’étirant, poussait le sol vers l’arrière me propulsant en avant. Et avec une synchronisation élaborée … grand respect pour la nature … j’allais vite. Ma langue sortait frénétiquement pour toucher le sol et juger de sa consistance, de ses odeurs, et de la distance avec les obstacles à contourner. Je sentais les écailles dures frotter, accrocher le sol et s’appuyer dessus pour avancer, puis je m’étirais pour avancer lorsque j’étais stable. Sorte de technique du rameur, j’agrippe je pousse et j’étire, j’agrippe je pousse et j’étire, en ondulant, danse rythmique.

Puis tout s’accéléra … Le sol changea. Il devint plus dur, plus chaud. A composante plutôt argileuse, il devint granitique. Je me trouvai maintenant à flanc de falaise. Mon centre de gravité s’éleva. Je retrouvai la sensation d’équilibre d’un corps surélevé, juché sur quatre pattes. Un corps musclé qui ressemble en perceptions à celui du cerf, mais moins imposant, moins lourd, plus souple. Un chevreuil, un chevreuil à flanc de montagne rocheuse, parmi ses congénères. Je fis un bon pour me poster l’étage supérieur de la corniche sur laquelle j’étais, puis avec un élan incontrôlable, je fis un bond dans le vide. … Chute libre … Mutation.

Me voilà dans le corps d’un petit rapace, plus léger que l’aigle, avec moins d’amplitude, mais plus de facilité de mouvements. Un cri strident, j’annonce, je suis là, j’arrive… Je n’ai plus le vertige, l’air est chaud. Je suis une buse, une buse variable de ma campagne sans aucun doute.

Puis je descends, j’entends le tambour qui cogne fort et vite, je sens mon cœur battre à tout rompre, des frissons dans l’ensemble de mon corps qui se déplacent par ondes de la tête aux pieds et inversement. Je le vois, le tambour aux pieds d’une petite chapelle, un amérindien plumé au bout de la mailloche, et j’arrive, j’atterris juste à côté, dans ma forme humaine. Je vibre à l’intérieur. Je sens la chaleur qui augmente, encore et encore. Je décolle légèrement du sol, à peine quelques dizaines de centimètres. La pression monte, la chaleur, tout va vite, tout va de plus en plus fort … Et ce tambour … Je m’embrase.

Je brûle un moment pendant lequel mon corps se soulage de tout le poids enfermé à l’intérieur, tout se consume en dedans, et la chapelle s’embrase à son tour…

Définition linguistique de l’embrasement : Phénomène qui se produit lorsqu’on introduit de l’air en masse dans une enceinte close dont l’atmosphère est appauvrie en oxygène par suite de l’émission de gaz combustibles qui se sont mélangés à l’air et aux fumées.

Lorsque la musique s’est arrêtée, j’ai mis au moins autant de temps que le voyage a duré pour me relever. Sensation d’apaisement, de calme, de sérénité, plus de douleur, plus de stress, plus de lassitude. J’étais en pleine maîtrise de mon corps et de mes émotions.

L’effet de ce voyage a duré des jours, des semaines. Le tout premier, celui qu’on n’oublie jamais.

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